Leçons d'onde/10

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Leçon 10 : PU, FAhA, ZI, VA, ZEhA, VEhA

Que le lojban peut paraître étrange à un francophone, quand on lit neuf leçons sans jamais croiser un seul temps. C'est parce que, à la différence de beaucoup de langues naturelles (la plupart des langues indo-européennes, par exemple), tous les temps en lojban sont optionnels. Dire « mi citka lo cirla {ku} » peut signifier « Je mange du fromage. », « J'ai mangé du fromage. », « Je mange toujours du fromage. » ou « Dans un moment, je vais avoir fini de manger du fromage. ». Le contexte permet de détermniner ce qui est correct, et dans la plupart des conversations, les temps ne sont pas nécessaires du tout. Cependant, quand c'est requis, c'est requis, et ça doit s'apprendre. De plus, les temps en lojban sont inhabituels, parce qu'ils traitent le temps et l'espace de la même manière – dire que j'ai travaillé il y a longtemps n'est pas différent, grammaticalement, de dire que j'ai travaillé loin au nord.

Comme dans beaucoup d'autres langages, le système des temps en lojban est peut-être la partie la plus difficile à apprendre. Contrairement à beaucoup d'autres langues, par contre, il est tout à fait régulier et sensé. N'ayez crainte, donc, cela ne va pas impliquer la difficulté d'apprendre à modifier un selbri ou quoi que ce soit d'aussi d'absurde que ça.

Non, dans le système de temps lojban, tout les temps sont des sumtcita (avec lesquels nous venons de nous familiariser, quel heureux hasard ! ). D'accord, d'accord, techniquement, les temps sont légèrement différents des autres sumtcita, mais on n'expliquera pas ça maintenant. Sur beaucoup d'aspect, ils sont comme tout les autres sumtcita. Ils sont terminés par « ku », rendant explicite que PU est terminé par « ku ». Il y a beaucoup de sortes de sumtcita de temps, commençons donc par ceux familiers à un francophone :

pu = sumtcita : avant {sumti}
ca = sumtcita : en même temps que {sumti}
ba = sumtcita : après {sumti}

Ils sont semblables aux concepts français « avant », « maintenant » et « après ». En fait, on pourrait dire que deux évènements ponctuels ne peuvent jamais arriver en même temps, rendant « ca » inutile. Mais « ca » s'étend légèrement dans le passé et le futur, signifiant juste « à peu près maintenant ». C'est parce que les humains ne perçoivent pas le temps d'une manière parfaitement logique, et les temps lojban reflètent ça.

Petite aparté : il a été suggéré de rendre le système des temps lojban relativiste. Cette idée, cependant, a été abandonnée, parce qu'elle est contre-intuitive, et signifierait qu'avant d'apprendre le lojban, on devrait apprendre la théorie de la relativité.

Donc, comment diriez-vous « J'écris ceci après être venu ici » (en pointant un papier) ?

Réponse : « mi ciska fi ti ba lo nu mi klama ti {vau} {kei} {ku} {vau} »

Habituellement, en parlant, on ne précise pas à quel évènement cette action dans le passé est relative. Dans « J'ai donné un ordinateur », on peut assumer que l'action est relative à « maintenant », et l'on peut donc élider le sumti du sumtcita, parce qu'il est évident :

« pu ku mi dunda lo skami {ku} {vau} » ou

« mi dunda lo skami {ku} pu {ku} {vau} » ou, plus régulièrement

« mi pu {ku} dunda lo skami {ku} {vau} ».

Le sumti qui remplit le sumtcita par défaut est « zo'e », qui est quasiment toujours comprit comme relatif à la position dans le temps et l'espace du locuteur (ce qui est particulièrement important quand on parle de droite ou gauche). Si l'on parle d'un évènement qui est arrivé dans un autre temps que le présent, il est parfois assumé que tout les temps sont relatifs à l'évènement qui est traité. De manière à clarifier que tout les temps sont relatifs au locuteur, le mot « nau » peut être utilisé n'importe quand. Un autre mot, « ki » marque un temps qui est alors considéré comme la nouvelle référence. Nous apprendrons cela bien plus tard.

nau = met à jour le cadre spatial et temporel de référence comme étant l'ici et maintenant du locuteur.
gugde = x1 est le pays du peuple x2 avec le territoire x3

Notez aussi que « mi pu {ku} klama lo merko {ku} {vau} » (« Je suis allé en Amérique ») n'implique pas que je suis toujours en train de voyager aux États-unis, seulement que c'était vrai à un moment dans le passé, par exemple, il y a cinq minutes.

Comme dit plus tôt, les temps spatiaux et temporels sont très proches. Contrastez les trois temps précédents avec ces quatre temps spatiaux :

zu'a = sumtcita : à gauche de {sumti}
ca'u = sumtcita : devant {sumti}
ri'u = sumtcita : à droite de {sumti}
bu'u = sumtcita : au même endroit que {sumti} (équivalent spatial de « ca »)
.o'o = attitudinal : émotion complexe pure : patience - tolérance - colère

Que voudrait dire « .o'onai ri'u ku lo prenu {ku} cu darxi lo gerku {ku} pu {ku} {vau} » ?

darxi = x1 bat/frappe x2 avec l'instrument x3 à l'endroit x4

Réponse : « {colère !} À (ma) droite et dans le passé (d'un évènement), quelque chose est l'évènement d'une personne frappant un chien. » ou « Un homme a frappé un chien à ma droite ! »

S'il y a plusieurs sumtcita de temps dans un bridi, la règle veut que vous les lisiez de gauche à droite, en pensant à un « voyage imaginaire », où vous commencez à un point dans le temps et l'espace qui est impliqué (par défaut, l'ici et maintenant du locuteur), puis suivez le sumtcita un par un de gauche à droite. Par exemple :

« mi pu {ku} ba {ku} jimpe fi lo lojbo famyma'o {ku} {vau} » : « À un point dans le passé, je comprendrais plus tard les famyma'os. »

« mi ba {ku} pu {ku} jimpe fi lo lojbo famyma'o {ku} {vau} » : « À un point dans le futur, j'aurais eu compris les famyma'os. »

Puisqu'on ne spécifie pas la quantité de temps que nous parcourons d'avant en arrière, les deux phrases peuvent traiter d'un évènement futur ou passé par rapport au point de référence.

Supposons que nous voulons spécifier qu'un homme a frappé un chien il y a juste une minute. Les mots « zi », « za » et « zu » précisent une courte, non spécifiée (sûrement moyenne) et longue distance dans le temps. Notez l'ordre des voyelles, « i », « a », « u ». Cet ordre apparaît encore et toujours en lojban, et ça peut valoir le coup de le mémoriser. « Court » et « long » sont toujours dépendant du contexte, relatifs et subjectifs. Deux cent ans est très court pour qu'une espèce évolue, mais très long quand on attend le bus.

zi = sumtcita : survient à une courte distance de {sumti} dans le temps, depuis le point de référence
za = sumtcita : survient à une distance non spécifiée de {sumti} dans le temps, depuis le point de référence
zu = sumtcita : survient à une longue distance de {sumti} dans le temps, depuis le point de référence

De la même manière, les distances spatiales sont marquées par « vi », « va » et « vu » pour de courtes, non spécifiées et longues distances dans l'espace.

vi = sumtcita : survient à une courte distance de {sumti} dans l'espace, depuis le point de référence
va = sumtcita : survient à une distance non spécifiée (moyenne) de {sumti} dans l'espace, depuis le point de référence
vu = sumtcita : survient à une longue distance de {sumti} dans l'espace, depuis le point de référence
gunka = x1 travaille à x2 avec comme objectif x3

Traduisez : « ba {ku} za ku mi vu {ku} gunka {vau} »

Réponse : « Quelque part dans le futur, je vais travailler dans un endroit lointain. »

Note : Les gens utilisent rarement « zi », « za », et « zu », sans un « pu » ou « ba », devant. C'est parce que la plupart des gens ont toujours besoin de spécifier le passé ou futur dans leur langue maternelle. Quand vous y pensez de manière lojbane, la plupart du temps, la direction dans le temps est évidente, et « pu » ou « ba » sont superflus !

L'ordre dans lequel un sumtcita de direction et un sumtcita de distance sont dit fait une différence. Souvenez vous que la signification de plusieurs mots de temps mis ensemble est donnée par un voyage imaginaire, en lisant de gauche à droite. Ainsi, « pu zu » est « Il y a longtemps », alors que « zu pu » est « Dans le passé d'un point dans le temps qui est longtemps avant ou après maintenant ». Dans le premier exemple, « pu » montre que l'on commence dans le passé, et « zu » que c'est à une longue distance dans le passé. Dans le second exemple, « zu » montre que l'on commence quelque part loin de maintenant dans temps, et « pu » que nous nous déplaçons en arrière par rapport à ce point. Ainsi, « pu zu » est toujours dans le passé. « zu pu » peut être dans le futur. Le fait que les temps se combinent de cette manière est une des différences entre les sumtcita de temps et les autres sumtcita. Le sens des autres sumtcita n'est pas modifié par la présence de sumtcita supplémentaires dans un bridi.

Comme impliqué brièvement plus tôt, toutes ces constructions traitent a priori les bridi comme s'ils étaient des points dans le temps et l'espace. En réalité, la plupart des évènements arrivent sur une plage de temps et d'espace. Dans les quelques paragraphes suivants, nous allons apprendre comment spécifier les intervalles de temps et d'espace.

ze'i = sumtcita : dure le temps (court) de {sumti}
ze'a = sumtcita : dure le temps (non spécifié) de {sumti}
ze'u = sumtcita : dure le temps (long) de {sumti}
ve'i = sumtcita : s'étend sur le court espace de {sumti}
ve'a = sumtcita : s'étend sur l'espace non spécifié de {sumti}
ve'u = sumtcita : s'étend sur le long espace de {sumti}

Six mots à la fois, je sais, mais se souvenir de l'ordre des voyelles et la similarité de la lettre initiale « z » pour les temps temporels et « v » pour les temps spatiaux peut aider à s'en souvenir.

.oi = attitudinal : douleur - plaisir

Traduisez : « .oi dai do ve'u {ku} klama lo dotco gugde {ku} ze'u {ku} {vau} »

Réponse : « Aïe, tu as passé longtemps à voyager une longue distance vers l'Allemagne. »

« ze'u » et ses semblables peuvent aussi se combiner avec d'autres temps pour former des temps composés. La règle pour « ze'u » et autres est qu'un temps le précédant marque une limite d'un processus (relatif au point de référence), et un temps le suivant marque l'autre limite, relativement à la première.

Ceci devrait se voir avec quelque exemples :

« .o'ocu'i do citka pu {ku} ze'u {ku} ba {ku} zu {ku} {vau} » : « (tolérance) Tu manges commençant dans le passé et pour une longue durée finissant à un point dans le futur de quand tu as commencé. » ou « Hum, tu as mangé longtemps. ». On peut aussi contraster « do ca {ku} ze'i {ku} pu {ku} klama {vau} » avec « do pu {ku} ze'i {ku} ca {ku} klama {vau} ». Le premier évènement de voyager a une limite dans le présent, et s'étend un peu dans le passé, tandis que le second évènement a une limite dans le passé et s'étend seulement dans le présent (c'est à dire, légèrement dans le passé ou futur) de cette limite.

jmive = x1 est vivant selon le standard x2

Que veut dire « .ui mi pu {ku} zi {ku} ze'u {ku} jmive {vau} » ?

Réponse : « (joie) Je vis depuis un peu dans le passé et jusqu'à long dans le futur ou passé (évidemment le futur, dans ce cas) de cet évènement » ou « Je suis jeune, et ai toute la vie devant moi :-) »

Juste pour souligner la similarité avec les temps spatiaux, voyons un autre exemple, cette fois ci avec des temps spatiaux :

.u'e = attitudinal : merveille - lieu commun

Que veut dire « .u'e za'a {ku} bu'u {ku} ve'u {ku} ca'u {ku} zdani {vau} » ?

Réponse : « (merveille) (observe) S'étendant sur un long espace d'ici à là bas devant moi est une maison » ou « Ouah ! Cette maison qui s'étend devant est immense ! »

Avant de continuer avec ce système de temps lourd en syntaxe, je recommande au moins dix minutes à faire quelque chose qui n'occupe pas votre esprit afin de laisser l'information s'imprimer. Chantez une chanson ou mangez un cookie très lentement – n'importe quoi, tant que vous laissez votre esprit se reposer.

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